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Filmosaure | October 22, 2016

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Béatrice de Staël, le second couteau de Valérie Donzelli

Béatrice de Staël, le second couteau de Valérie Donzelli
Florent Bodenez

Dans Indésirables, film français de Philippe Barassat sur le métier d’assistant sexuel pour handicapés (dans les salles le 18 mars), Béatrice de Staël joue le rôle d’une aveugle, qui va être le lien inconscient entre le personnage principal et son nouveau métier. Habituée aux seconds rôles, notamment dans les films de Valérie Donzelli, son amie, elle fut l’une des initiatrices du projet. Interview.

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Comment s’est faite la rencontre avec Philippe Barassat, le réalisateur du film ?
On s’est rencontré il y a une dizaine d’années, quand je voulais écrire un scénario pour lequel je me suis inscrite à l’Institut de l’Image et du Son pour un stage. Et lui était professeur là bas. C’est un excellent professeur de scénario, qui m’a donné de belles leçons. On a donc écrit ce scénario ensemble, et il est devenu mon ami. Il m’a fait rencontrer Valérie Donzelli pour qu’elle joue le rôle principal de ce scénario, mais on a pas eu l’argent pour le faire, malgré le fait que j’avais proposé proposer d’autres actrices plus bankable. Après ça Valérie a écrit la Reine des Pommes et m’a proposé de jouer dedans.

Et le projet du film Indésirables, comment s’est-il monté ?
Alors Philippe a écrit avec Frédéric Le Coq qui a eu l’idée originale. Et moi je voyais que Philippe n’arrivait plus du tout à faire de cinéma, à cause d’un projet qu’il n’a pas pu terminé avec Eric Cantona et Rachida Brakni (le film Lisa et le pilote d’avion, qui reste inachevé à ce jour). J’ai été très malheureuse pour lui parce que je voyais qu’il était complètement désespéré. Sans exagérer, il n’arrivait même plus à respirer. Et donc je lui ai dit « je viens d’avoir une petite rentrée d’argent, donc je vais mettre le peu d’économies que j’ai dans Indésirables, et on va monter ce film à l’arrache ». J’ai décidé de l’aider à co-produire ce film. En fait au départ il n’y avait pas vraiment de rôle pour moi. Celui de Vanessa, Philippe me l’a proposé et l’a réécrit pour moi ensuite.

Vous jouez donc Vanessa, une aveugle dans le film. Comment avez-vous appréhendé et préparé ce rôle ?
Avec Bastien Bouillon qui joue mon frère aveugle on a rencontré une vraie aveugle avec qui ont a passé quelques moments importants, à marcher avec elle, à boire des verres, à la regarder, à discuter. Moi je me suis aperçu qu’elle bougeait souvent la tête parce qu’elle était beaucoup dans l’ouïe. Elle suivait ce qu’elle entendant. Et elle m’a dit de ne pas jouer l’aveugle, mais d’essayer de ne pas voir. Donc j’ai tenté et c’est assez facile en fait. Il suffit de fixer son regard sur rien, et on n’arrive à rien, on ne distingue plus rien particulièrement. Donc j’ai essayé de jouer comme ça et j’ai pu trouver, je crois, la bonne démarche, que j’ai travaillé avec Philippe.

J’ai ressenti votre personnage comme le lien inconscient qui permet à Aldo d’accepter la proposition de Sergueï de devenir assistant sexuel pour handicapés. Est-ce que c’était votre vision du personnage ?

Oui complètement, je pense que mon personnage est l’initiateur d’Aldo à cette nouvelle profession. Et pour moi Vanessa c’est une femme qui ne veut pas porter de canne blanche, donc il y a toujours son frère ou un autre pour la soutenir, parce qu’on ne peut pas marcher du tout sans canne quand on ne voit pas, c’est impossible. Donc moi je me suis mis dans l’idée que cette femme était totalement dépendante, mais que ça la rendait forte parce que ça l’obligeait à avoir un homme à ses côtés coûte que coûte, sans quoi elle ne pouvait plus avancer. Elle est très libre, très heureuse de cette liberté, de profiter de cette sensualité qui déborde d’elle. Sans doute aussi parce qu’elle ne voit pas et que tout ses autres sens sont exacerbés. Et ce qu’elle propose à Aldo, à savoir le payer pour qu’il lui fasse plaisir, elle ne trouve absolument pas ça moralement réprouvable.

1001418-beatrice-de-stael-valerie-donzelli-950x0-1 (1)D’ailleurs au départ on pense que votre personnage va prendre beaucoup de place dans le récit, mais au final il disparaît presque après un tiers du film pour ne réapparaître qu’à la fin. Mais on sent quand même qu’il y a son aura qui reste tout au long du film. 

Oui parce qu’on la voit peu au bout d’un moment, mais elle fait une apparition de temps en temps, elle donne des nouvelles. Au départ ce personnage dans le scénario il disparaissait. Et c’est là où Philippe a réécrit pour moi, c’est à dire qu’il l’a fait revenir de temps en temps jusqu’à la scène de fin de ce personnage où elle parle de l’acceptation de son corps.

Comment s’est passé le tournage avec les handicapés ? On sent chez eux une ferveur de jouer qui est assez impressionnante.
Oui c’est ça, ils étaient très heureux de jouer, très contents de ce scénario qui ne les montraient plus comme des personnes anormales entre guillemets, mais des personnes très humaines avec leurs défauts, leurs malheurs, leurs aigreurs. On tournait dans un appartement ou certains dormaient, parce que c’est très compliqué pour eux de se déplacer, et on était tous le temps avec eux du matin au soir. Ca donnait une ambiance très étrange parce que vraiment je n’arrivais plus à les voir comme des gens handicapés, et je ne sais même pas si un jour je les ai vu comme ça. Ils ont une telle indépendance ! Hervé Chenais, celui qui joue Emmerich, est extrêmement impressionnant de par sa personnalité.

Vous diriez qu’Indésirables est un film sur les handicapés ou sur la prostitution ?
Pour moi c’est un film sur les deux. On voit quelqu’un qui devient prostitué, et on voit les clients. Il y a un regard assez tendre sur les uns et sur les autres, et moi ça a changé un peu la vision que je pouvais avoir de la prostitution. La prostitution forcée, qui pouvait avoir une portée tragique, s’est ici complètement transformée en un métier totalement utile. Alors maintenant, je ne vois pas de différence entre assistant sexuel et prostitution. Je pense qu’il faut avoir autant de courage, ou un caractère particulier pour pouvoir le faire dans les deux cas. Et ceux qui vont voir les assistants sexuels ou les prostituées, c’est parce qu’ils en ont besoin. Je n’arrive pas à mal juger les clients même s’ils ne sont pas handicapés, je pense que c’est un service qu’on paye, et c’est ce que raconte ce film.

Vous en avez parlé, vous avez joué dans La Reine des Pommes, dans La Guerre est déclarée, dans Main dans la Main et maintenant dans Indésirables. Quelle place occupent Jérémy Elkaïm et Valérie Donzelli dans votre carrière et dans votre vie ?
Valérie et Jeremy sont les initiateurs de la reprise de mon métier d’actrice. C’était un peu un moment dans ma vie où j’avais besoin de ça pour reprendre souffle. J’ai une grande reconnaissance pour eux. J’adore Valérie comme personne et comme artiste, je suis assez admirative d’elle. Ce sont des amis même si on ne se voit pas beaucoup en ce moment, ce sont des gens qui compte beaucoup pour moi.

Vous dites que Valérie Donzelli a été votre initiatrice au cinéma, pourtant vous avez eu des projets dans le septième art avant de tourner des films avec eux ?
Oui en fait c’est elle qui m’a remise sur les rails. J’avais arrêté le cinéma à un moment donné pour m’occuper d’autres choses. J’étais comédienne avant, mais personne ne le savait. Moi j’ai proposé à Valérie de jouer dans mon film, et je ne sais pas… Valérie elle a un sens un peu, une intuition. On se marrait beaucoup toutes les deux, et un jour on a fait une lecture de son scénario de La reine des Pommes, on était mortes de rire, et elle m’a dit « je n’arrive plus à avoir quelqu’un d’autre, c’est toi qui doit le faire ». Moi je me suis dis « génial » mais je n’y tenais pas spécialement parce que je me considérait beaucoup trop vieille pour revenir au métier d’actrice, et qu’en plus de ça si j’avais arrêté ce métier c’était parce que ça ne me convenait pas et ça me faisait souffrir, dans le sens où il fallait toujours attendre et être au service de l’autre. Même quand on joue on est au service. Donc ce n’était pas une place qui m’épanouissait. Mais évidemment quand ça marche bien, quand ça a un peu de succès, quand l’agent veux vous reprendre, on finit par se prendre au jeu.

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J’ai remarqué que dans votre carrière vous avez joué une assistance sociale (Simple), une pédiatre (La guerre est déclarée), une dermatologue (16 ans ou presque), une caissière (l’île au cons), une animatrice d’exposition (Superstar), une épicière (Jacky au Royaume des filles). Ici vous jouez une aveugle. Quelle différence y-a t-il entre jouer un personnage défini par son métier et un personnage défini par ce qu’il est, sa situation ?
Pour la pédiatre dans La Guerre est déclarée, Valérie m’avait mis des verres de lunettes énormes très troubles, je ne voyais rien. Du coup j’étais encombrée, comme dans la Reine des Pommes où mon personnage avait un œil malade. Donc il y avait toujours cette recherche de ne pas jouer un simple médecin. Dans 16 ans ou presque on m’a fait jouer une dermatologue effectivement, et du coup quand je joue un médecin je pense aux médecins que je connais que j’ai vu exercer. Là je joue une aveugle, le personnage est plus grand, plus élaboré. Et c’est vrai que elle ne vivait pas du tout par son métier, donc j’ai dû l’inventer complètement. Mais dans Main dans la main je joue une espèce de parasite mondaine. Je l’ai inventé à partir de ma connaissance du monde de l’art. Je me suis souvenu de ces gens qui gravitent autour de la peinture, et j’ai essayé de les ressentir, pas extérieurement je veux dire. C’est comme quand on parle et qu’on a une expression ou un geste qui nous rappelle quelqu’un. Et je crois qu’à ce moment là on sait ce que ressent l’autre, et c’est un peu ça que j’essaie de faire quand je travaille.

Une aveugle, une pédiatre, une dermatologue, une assistance sociale… vous aimez tant que ça le monde du service médical ?
On va dire que c’est ceux qui me proposent des films qui m’ont vu dans un rôle et qui donc m’en propose un qui est similaire. Ils n’ont pas forcément beaucoup d’imagination mais ça n’arrive pas qu’en France. Par exemple aux Etats-Unis, Keira Knightley joue toujours dans des films d’époque. Mais moi j’aimerai bien jouer autre chose. D’ailleurs j’ai co-écrit, co-réalisé et joué dans un court métrage avec Brigitte Sy. On s’est écrit des personnages qui nous amusait, j’ai un personnage un peu fou. Mais après je ne suis pas dans le social ou le médical particulièrement, même si j’ai une fille qui est étudiante en médecine.

Vous avez d’autres projets au cinéma prochainement ?
Rien n’est encore sûr donc je ne peux pas en parler, mais sinon j’ai tourné l’été dernier dans une comédie réalisée par Rose et Alice Philippon, encore avec Jérémy Elkaïm dans le premier rôle. Et puis j’aimerais réaliser le long métrage que j’avais écrit avec Philippe Barrassat il y a dix ans. C’est pour ça que j’ai fais ce court-métrage avec Brigitte Sy, qu’on a presque terminé d’ailleurs. Je l’ai fait avec elle parce que j’aime bien travailler à deux, et je trouve qu’il n’y a pas de duo de femmes. Ça a toujours été toujours des frères. Mais c’est très compliqué de réaliser à deux en fait. On s’entend très bien, on n’a pas de divergences, mais je pense que si on l’avait fait chacun de notre côté ça aurait donné deux choses complètement différentes.

Indésirables, réalisé par Philippe Barassat. Sortie (France) : 18 mars 2015

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