As I lay dying (2013)

- Stéphanie Valibouse
- On May 29, 2013
Review Overview
Note
2Ecoeurant
As I lay dying figurait parmi les œuvres les plus attendues de la sélection Un Certain Regard du 66è Festival de Cannes. L’intérêt certain que suscite cette adaptation difficile se retrouve cannibalisé par sa prétention et son atmosphère pesante.
NDLR : N’ayant pas lu l’œuvre de Faulkner, je ne peux probablement pas me représenter la pertinence de cette adaptation complexe. Par ailleurs, en proie à l’ennui et à un profond malaise, je suis partie de la salle à la moitié du film, tout comme une multitude d’autres spectateurs.
C’est à se demander où James Franco trouve le temps d’être acteur et réalisateur, avec plusieurs films par an à son actif dans chacune des deux activités. Bourreau de travail, il se lance ici en outre dans l’adaptation d’As I lay dying de William Faulkner, un de ces écrits que l’on qualifie d’inadaptables du fait de sa narration alambiquée, effectuée d’une quinzaine de points de vue différents et s’accordant des sauts temporels difficilement gérables.
As I lay dying est le récit d’un long et douloureux périple, avec pour seul but d’enterrer une mère de famille pauvre dans une bourgade voisine conformément à ses dernières volontés. Pour incarner les protagonistes d’une histoire de cette intensité, il fallait des acteurs avec une forte présence, parmi lesquels nous retrouvons en particulier Tim Blake Nelson (O’Brother), et… James Franco. Si l’ensemble du casting nous plonge avec talent dans l’atmosphère de misère propre à cette famille sous-éduquée et pauvre, celui-ci constitue une sorte d’anomalie, comme s’il ne parvenait pas à se faire aussi terrifiant que les autres personnages. Il semble représenter le seul espoir de normalité – auquel nous nous raccrochons désespérément, d’ailleurs – d’un environnement qui devrait, en toute logique, n’offrir aucune alternative.
C’est surtout au niveau de la mise en scène que Franco était attendu au tournant. Il est difficile d’évaluer son écriture sans avoir lu l’œuvre d’origine mais le cinéaste semble adopter un style presque expérimental, où les personnages ponctuent le film du fil de leurs réflexions parfois sans logique – parti-pris de Faulkner à la base. Si un roman écrit de la sorte est déjà difficilement accessible, il en est de même pour un film, et l’on ne pourra s’empêcher de penser à un penchant cauchemardesque aux litanies éclairées de Terrence Malick.
D’autre part, il opte intelligemment de scinder son écran dès qu’il en ressent le besoin, chacune des sections portant un point de vue, et le contraste entre ces deux visions promet une lecture aussi ardue que passionnante du film. Au départ, cette démarche intrigue, émerveille même, mais il semblerait que cet artifice trouvé pour étayer son propos lasse peu à peu, tandis que l’on se retrouve parallèlement aux prises avec une caméra tremblotante. Mais visuellement, le film offre une photographie irréprochable, terriblement mortifère, renforcée d’ailleurs par une musique absolument terrifiante, et en cela, il est d’autant plus rageant de ne pouvoir l’apprécier à sa juste valeur.
Car l’élément le plus marquant d’As I lay dying est son atmosphère pesante, étouffante. C’était probablement le but de James Franco, et en cela, il a brillamment relevé son défi, condamnant par la même occasion son film auprès d’une partie de son public. Car le cinéma, au-delà de l’exercice artistique, est généralement voué à être la source d’un moment agréable. Ce qui est exactement l’inverse d’As I lay dying, atroce et lente succession d’événements funestes, affreusement malsain, dont le visionnage devient laborieux passé les premières minutes. Et le plaisir de découvrir les techniques de mise en scène déployées par Franco, ou l’excellent jeu de certains acteurs, est gâché par la pénibilité du tout.
Un climat brillamment orchestré mais trop pesant transforment donc ce bel exercice en cauchemar. On déteste détester As I lay dying, et l’on regrette tant d’avoir perdu son temps à se faire torturer de la sorte que de n’avoir apprécié une œuvre dont les qualités sont indéniables. Faut-il lire l’œuvre de Faulkner avant de se farcir à nouveau ce sale quart d’heure et en apprécier les multiples références ? Probablement.
Related Posts
Quai d’Orsay (2013) November 4, 2013 | Stéphanie Valibouse

Godsend, expérience interdite (2004) October 1, 2011 | Stéphanie Valibouse

Notre Petite Soeur (2015) May 17, 2015 | Stéphanie Valibouse

99 Homes (2015) September 13, 2015 | Chalisbury
Submit a Comment
Cannes
Un couteau dans le cœur (2018) By Betty Elms
Sélectionné au dernier Festival de Cannes en…
L'homme qui tua Don Quichotte (2018) By Betty Elms
Aller voir L’homme qui tua Don Quichotte est…
Climax (2018) By Chalisbury
Après Love, sulfureux et très sexué, le…
Nos Batailles (2018) By Chalisbury
On ne pouvait décemment pas quitter cette 71e…
Gueule d'Ange (2018) By Chalisbury
La touche-à-tout Vanessa Filho a soumis au…
Les Eternels (2018) By Chalisbury
De retour avec Les Eternels, présenté en…
Le Livre d'Images (2018) By Chalisbury
4 ans après avoir reçu le Prix du Jury pour…
Les Filles du Soleil (2018) By Chalisbury
Puisqu’il en faut un chaque année, Les Filles…
Plaire, Aimer et Courir Vite (2018) By Chalisbury
Après avoir foulé le tapis rouge, Christophe…
Petra (2018) By Julie Pitaud
Jamais deux sans trois pour Jaime Rosales, qui -…
Leto (2018) By Chalisbury
Pugilat au sein de la rédaction ! Nos envoyées…
Cold War (2018) By Julie Pitaud
Retour sur Cold War (Zimna Wojna), le dernier né…
Yomeddine (2018) By Chalisbury
Yomeddine retrace le parcours d’un lépreux…
Everybody Knows (2018) By Julie Pitaud
Pour l'ouverture du fêter 71 e Festival de…
Les Oiseaux de Passage (2018) By Chalisbury
Présenté à Cannes à l’ouverture de la…
La Tortue Rouge (2016) By Betty Elms
La Tortue Rouge est un film inédit par sa…
Le jour d'après (2017) By Stéphanie Valibouse
Visuellement paresseuse et moralement rebutante,…
Les filles d'Avril (2017) By Stéphanie Valibouse
Michel Franco passe maître dans l'art du malaise…
D'après une histoire vraie (2017) By Stéphanie Valibouse
Eva Green irradie la pellicule dans l'histoire…
120 battements par minute (2017) By Stéphanie Valibouse
Robin Campillo bouleverse la Croisette avec son…
Comments